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06 Aug 25 | 4 min. de lecture

Innovation chez Ecocem : Quand la passion mène au progrès

Roberta Alfani, Directrice Recherche & Innovation
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Dès mon plus jeune âge, la science a exercé sur moi une forte attraction, en grande partie grâce à l’influence de mon père, professeur en génie chimique. Grandir dans un environnement imprégné de recherche et d’expérimentations a éveillé en moi une passion qui ne s’est jamais éteinte, me conduisant à étudier la chimie à l’université, puis à poursuivre un doctorat en génie des matériaux.

Depuis 25 ans, je consacre ma carrière à la recherche et à l’innovation, avec un accent particulier sur la formulation et la caractérisation des matériaux de construction, ainsi que sur le développement de produits et solutions pour l’industrie du bâtiment. J’ai piloté avec succès des collaborations scientifiques avec des universités du monde entier, déposé 37 brevets et publié 30 articles scientifiques. Mes contributions ont permis le développement de plus de soixante-dix produits pour diverses applications. Chez Ecocem, j’ai trouvé un lieu où transformer ma passion en progrès pour l’un des secteurs les plus difficiles à décarboner au monde.

Depuis sa création il y a 25 ans, Ecocem n’a eu de cesse de relever le défi carbone du ciment et du béton. Le ciment représente près de 8 % des émissions mondiales de CO₂, principalement en raison des émissions liées à la production de clinker, la matière réactive clé du ciment et du béton. Nous avons repensé les liants à partir des principes fondamentaux, en intégrant des expertises externes, en questionnant les idées reçues et en adoptant une approche disruptive fondée sur la science. Notre équipe de Recherche & Innovation, forte de 46 membres, se concentre sur le développement de nouveaux ciments bas carbone, d’adjuvants, de mortiers industriels, de bétons, ainsi que sur l’exploration de solutions innovantes en chimie du bâtiment.

Par ailleurs, nous collaborons avec plus de dix universités à travers le monde, notamment l’Université Paris-Saclay, l’Université de Toulouse, l’Université Technique de Munich, l’Université de Toronto, le Missouri University of Science and Technology, l’Indian Institute of Technology Delhi, l’Université de São Paulo, les Universités de Louvain et d’Eindhoven, ainsi que celles de Florence et de Naples.

Le véritable enjeu réside dans notre capacité à transférer les innovations vers des applications concrètes. Résoudre un défi technique est une première étape cruciale, mais c’est la transition entre le laboratoire et les projets réels qui permet un impact à grande échelle. Parmi nos solutions bas carbone déployées figurent le Grand Paris Express et le Village Olympique à Paris, le Tottenham Hotspur Stadium et la ligne ferroviaire HS2 au Royaume-Uni, ou encore l’Aviva Stadium en Irlande.

Cette démarche a abouti au développement d’ACT, notre technologie de rupture de ciment bas carbone, capable de réduire les émissions de CO₂ jusqu’à 70 % par rapport au ciment traditionnel. ACT remplace le clinker, responsable de 90 % des émissions du ciment, par des additions minérales alternatives (SCM).

Fait marquant : ACT a dépassé le stade pilote et se rapproche désormais de la commercialisation, prévue pour 2026. Ses performances ont été validées lors de nombreux essais. Avec le soutien d’Innovate UK et en partenariat avec Sisk et leur client Quintain, nous avons mené un projet démonstrateur à Wembley Park. Une évaluation indépendante a confirmé qu’ACT offrait non seulement la maniabilité, la durabilité et la résistance requises dans les bétons produits, mais aussi une réduction de leur empreinte carbone de plus de 70 %.

Des essais ont également été réalisés avec Bouygues Construction et Cemex France, et d’autres sont en préparation. Nous avons par ailleurs annoncé un investissement de plus de 170 millions d’euros dans des lignes de production d’ACT en France.

Il reste néanmoins des défis à relever. Face à la disponibilité variable de certaines additions minérales, nous devons innover pour identifier d’autres substituts au clinker et concevoir la prochaine génération de liants bas carbone.

Dans cette optique, nous avons obtenu un financement de 4 millions d’euros via le programme EIC Pathfinder pour explorer le potentiel des laitiers de four électrique (EAF) en tant qu’additions minérales performantes.

Voir ces innovations évoluer de l’idée à des solutions pratiques et massifiables est extrêmement stimulant. Si le défi technique de la décarbonation me passionne, c’est surtout la perspective de contribuer à un avenir durable qui m’anime le plus.

La science et l’innovation reposent sur la curiosité, la persévérance et la conviction que même de petites avancées peuvent engendrer des changements majeurs. Pour moi, l’innovation va au-delà d’une carrière : c’est le fil qui relie les défis d’aujourd’hui aux solutions de demain.

Par Roberta Alfani, Directrice Recherche & Innovation, Ecocem

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